La rupture est nette. À rebours d’un récit souvent utilisé pour justifier l’ingérence de Kigali dans l’est de la République démocratique du Congo, les Banyamulenge affirment ne réclamer aucune protection étrangère. Leur président, Henock Sebineza, accuse ouvertement le Rwanda de poursuivre des objectifs économiques et territoriaux sous couvert de sécurité communautaire. Déplacements forcés, tentatives de manipulation médiatique, instrumentalisation politique : la communauté dit refuser d’être transformée en prétexte de guerre. De la tribune de la RTNC aux camps improvisés de Kamanyola, un même mot d’ordre émerge : rester Congolais, rentrer chez soi et défendre la souveraineté nationale. Une prise de parole qui fissure un narratif régional solidement installé.
Cette fois, la clarification est frontale. Les Banyamulenge « n’ont pas besoin de la protection du Rwanda ».
Invité du journal de la RTNC mercredi 21 janvier, leur président, Henock Sebineza, a écarté toute ambiguïté. Depuis trente ans, dit-il, la communauté dénonce une lecture biaisée de sa situation.
Selon lui, Kigali ne vient pas protéger. Il vient « pour ses intérêts ».
Derrière l’argument sécuritaire, il voit une logique de prédation : « piller les richesses du Congo » et, plus grave encore, « nous faire partir du Congo ». Certains auraient déjà été emmenés de force.
À Uvira, raconte-t-il, « ils sont partis avec une partie de notre communauté ».
Le responsable communautaire accuse également la RDF et l’AFC-M23 d’avoir cherché à « créer le chaos ». Quant au retrait annoncé des troupes, il n’y croit guère. Les forces rwandaises resteraient positionnées à une trentaine de kilomètres seulement. « Ce retrait n’est pas de bonne foi », insiste-t-il, appelant à maintenir la pression.
Le propos dépasse la seule sécurité locale. Il touche à la souveraineté. Car en se présentant comme protecteur d’une minorité, Kigali s’octroie un droit d’ingérence. Une logique que les Banyamulenge rejettent désormais publiquement.
La contestation ne s’arrête pas aux studios de télévision. Elle se prolonge sur le terrain, à Kamanyola. Là-bas, des familles banyamulenge déplacées parlent d’exil contraint, pas d’évacuation. Départs précipités. Maisons abandonnées. Activités stoppées. Toutes formulent la même demande : rentrer. « Nous voulons retourner à Uvira, là où nous vivons et travaillons », résume un porte-parole communautaire.
Un discours qui contredit le récit d’une communauté « sauvée » par l’intervention rwandaise.
Dans le même temps, selon plusieurs sources locales, une offensive médiatique se déploie. Le chef rebelle Corneille Nangaa a fait le déplacement à Bukavu, entouré de médias, pour structurer une communication destinée à l’opinion internationale. Objectif présumé : accréditer l’idée d’exactions systématiques contre les Banyamulenge.
Plusieurs cadres rebelles sont mobilisés pour encadrer témoignages et prises de parole. Une stratégie d’image plus qu’une opération humanitaire.
Les déplacés, eux, démentent. Ceux restés à Uvira n’auraient « ni été inquiétés ni agressés ». Certains affirment même que leur sécurité a été assurée par les FARDC et les Wazalendo.
À Kamanyola, la réalité est surtout sociale. Précarité. Enfants déscolarisés. Revenus perdus. « Nous refusons de devenir des nécessiteux », lâche un père de famille.
Le gouvernement congolais dénonce, lui, des déportations imposées par le «duo RDF-M23 », qui instrumentalise la communauté pour justifier une présence armée illégitime.
Dans cette bataille des récits, les intéressés veulent reprendre la parole. Leur message tient en une ligne : pas de tutelle étrangère, pas d’exil forcé. Simplement le droit de rentrer chez eux. En Congolais.
Avec Infos27

